| Des dalles à la carte : Mura, électronique, pixels morts... DiversEcrans Publié le Jeudi 29 Septembre 2005 par Vincent Alzieu URL: /articles/589-1/dalles-carte-mura-electronique-pixels-morts.html Page 1 - Bienvenue dans l'Effet Mura Bienvenue dans l’Effet Mura->Constat banal : le prix des écrans LCD chute à la même vitesse que croît l’intérêt du public pour eux. C’est dire ! De 750 € minimum pour un 19 pouces il y a deux ans (été 2003), on est tombés à 260 € pour un écran de marque, 240 pour un no name. ![]() ->Question qui en découle : que cachent les écrans proposés à "prix fous" ? Comment arriver à proposer un écran basé sur une même dalle deux fois moins cher ? D’où sortent les 19 pouces MVA et TN 8 ms proposés sous les 300 € par les grandes surfaces ? Quels sont les vrais risques de pixels morts sur les moniteurs ? D’un autre côté, comment certains rares constructeurs arrivent-ils à tenir des garanties "zéro pixels mort" alors que les autres crient au meurtre quand on leur suggère de suivre l’exemple de Philips par exemple ? Ces questions, nous nous les posions depuis des années. Nous les posions parfois aux grands constructeurs mais que voulez vous, ce n’est pas simple d’obtenir des informations aussi sensibles. Alors nous sommes allés à la rencontre d’un fabricant moins en vue, plus jeune, pour ainsi dire tout fraîchement démarqué : Atlantis Land. Leur volume de vente n’a sans doute rien à voir avec celui des mastodontes que sont Samsung, LG et les autres, mais eux au moins proposent une gamme dite "O pixel", pour "zéro pixel mort", qu’ils soient blancs, noirs ou colorés. Le prix des moniteurs n’a rien délirant : leur prochain 19AM-C08 (de la famille des "O pixel") sera proposé mi octobre à 399 €. Leur représentant, Frank Demouth, était ravi de pouvoir nous renseigner. A ses informations se sont ajoutées les confirmations de certains constructeurs pas forcément désireux de voir leur marque citée dans un article lié à la description d’un défaut "caché" des LCD, et de nouvelles précisions "confidentielles" sur les sujets du jour : le "Mura Effect" et les variations de qualités d’électronique derrière la dalle. Nous remercions vivement tous les constructeurs qui ont participé de près ou de loin à ce dossier et permis de mettre en lumière un défaut des LCD (encore un diront certains) non couvert par la garantie !Le Mura, un défaut hors garantiePour commencer, on savait déjà que les dalles sont vendues par leurs fabricants en plusieurs classes, ISO 13406-2 Classe I, II, III et IV, en référence à leur tolérance des pixels morts (voir cet article à ce sujet). La plus courante est la deuxième (ISO 13406-2 Classe II). Pour rappel, elle considère comme dans la norme un moniteur 17 ou 19 pouces avec 2 pixels noirs ou blancs de morts, ou encore 6 colorés. La classe 1 est la plus stricte : zéro pixel mort. Et puis il y a la 3, à laquelle notamment BenQ fait appel sur sa série T. Dessus on passe à une tolérance de 5 pixels noirs, 18 blancs et 64 colorés ! Mais savez vous qu’il existe ensuite six sous-catégories au sein de ces classes ? Les fabricants de dalles testent leurs produits en bout de chaîne, ils leur attribuent une classe ET un rang. Le meilleur est A+, suivent A, A-, B+, B et B-. Chaque rang se décide en fonction d’un seul critère, de l’importance d’un défaut, le "mura effect". Sous cette appellation se cachent encore plusieurs types. ![]() Le Mura Effect de type 1 désigne les problèmes d’homogénéité dans les réglages des circuits de commande. D’une cellule à l’autre les commandes des couleurs peuvent varier, ce qui se traduira par des défauts d’intensité permanents dans les affichages. Le Mura Effect de type 2, ou Cell Gap Mura se présente sous deux formes. Si la taille des cellules de cristaux liquides est supérieure à ce qu’elle devrait être sur une partie de la dalle, l’image produite sur cette zone sera plus lumineuse. On parle alors d’un White Mura. A l’inverse, si cet espace est trop étroit la cellule produira moins de lumière, c’est un Black Mura. Cette déformation des cellules parvient parfois d’une défaut "normal" à la fabrication, mais plus souvent il fait suite à l’introduction d’une impureté derrière la dalle : une poussière, une goutte de produit chimique ou, ça arrive aussi, d’une ionisation accidentelle des cristaux qui perdent leur alignement. Dans les deux premiers cas, ce Mura peut parfois être déplacé à la main, par de petites pressions sur la dalle. Ça peut permettre de dégager une zone particulièrement utile à l’écran et de repousser le défaut vers un bord. Dans l’autre cas, celui de la ionisation, ce défaut peut s’atténuer, voir disparaître avec le temps. Il évolue. Nous concernant nous avons été aussi témoins de l’inverse : l’apparition d’un Mura marqué sur deux écrans après quelques années d’utilisation (respectivement trois et cinq ans). A l’écran cela se traduit par une tache similaire à l’effet produit quand on presse la dalle avec le doigt. En principe cette trace diaparait rapidement. Sur nos deux écrans, elle est fixe. Le type 3 intervient quand on détecte des défauts de distance ou de pression entre la dalle et les cristaux liquides. Cela survient lors de la pression de la plasturgie de la dalle, quand la pression aux bords lors de la fermeture est imparfaite. Si elle est trop forte les cellules seront écrasées, ce qui occasionnera un halo lumineux dans un coin ou le long de la paroi. Voilà pour les trois types relevés en usine. Il en existe en fait deux autres : Ainsi, la fabrication des dalles s’apparente à celles des processeurs. Les constructeurs produisent une dalle la meilleure possible. Le tri en fin de production permet d’établir une classification complète, une gamme de produits dont les prix varient de 5 à 7 % d’un rang à l’autre. Soit un écart de l’ordre de 30 % entre les dalles classées B- et les A+ au sein d’une même classe. Pour clarifier les choses, une dalle économique 19 pouces MVA 25 ms à $200 de type B- sera proposée à $260 en A+. Page 2 - La qualité chute encore : des dalles à la carte La qualité chute encore : des dalles à la carteAprès, les constructeurs d’écrans ont la possibilité de custumiser leurs dalles. Les producteurs de dalles leur proposent plusieurs électroniques de base (parfois personnalisables) et plusieurs qualités de rétro-éclairage. Par exemple, la durée de vie des tubes fluorescents (MTBF, pour Mean Time Between/Before Failure) embarqués peut varier de 25 000 à 50 000 heures. A vous de voir ce dont est équipé l’écran que vous visez, cette donnée est en principe communiquée par le fabricant dans les caractéristiques de son écran. En revanche, la qualité de l’électronique de commande des pixels et celle du backlight n’est jamais donnée, sauf au constructeur de l’écran qui la choisit. Il s’avère qu’en fait le MTBF de la commande des backlight est toujours plus court que celui des tubes eux mêmes. A quel point ? Personne n’a pas pu nous renseigner sur ce point. Mais à nouveau, ça varie suivant le prix que le constructeur a consenti à mettre dedans. Il en va de même pour le bloc transformateur secteur, qu’il soit interne ou externe. La différence de coût entre les meilleurs et les moins bon composants (hors personnalisation, comme le font Nec ou Eizo quand ils ajoutent des capteurs de luminosité, etc.) est de l’ordre de 10 %. ![]() Une fois choisie la dalle, sa classe, son rang, reste pour les constructeurs d’écrans à choisir s’ils veulent en plus que les produits soient avec ou sans pixels morts. Atlantis Land propose plus de la moitié de leurs écrans avec une garantie "O pixel". Pour y arriver, ce constructeur achète des lots particuliers en "Classe II triées", rang A+ (ce qui est encore différent de la Classe I qui garantit les écrans zéro pixel mort dans le temps, alors que cette garantie ne tient qu’un an chez Atlantis Land, avant de se convertir en Classe II classique). Comme ce triage ne suffit pas, leurs bureaux asiatiques contrôlent en plus les lots au moment du montage pour vérifier la qualité des produits. Surcoût de l’opération zéro pixel mort ? 10 % du prix de la dalle répond Atlantis Land. Proposer un écran "Zéro pixel mort" en triant soit même les dalles reviendrait grosso modo à augmenter le prix du moniteur de 10 %. Soit pour un écran initialement à 500 € de le passer à 550 €. Ce chiffre n’est finalement pas très surprenant : c’est le prix de l’option de garantie zéro défaut proposée par un nombre croissant de boutiques. Les constructeurs pourraient aussi opter directement pour de la Classe I. Selon une autre source, cette opération en serait pas très rentable, elle occasionnerait cette fois un surcoût de l’ordre de 20 % par rapport à de la Classe II. A l’inverse, acheter un lot de Classe III réduit les coûts de 10 à 20 %. Au final, le prix de la dalle et de son électronique représentent environ 80 % du prix de l’écran. Page 3 - TP pour tout le monde : fabrication d'un écran économique TP pour tout le monde : fabrication d’un écran économique Voyons maintenant comment et à quel prix un constructeur peut proposer un écran premier prix.Attention, les prix indiqués ci-dessous ne sont pas exacts. Ils n’ont été donnés par aucun constructeur, ni Atlantis Land, ni aucun autre. Il s’agit juste d’estimations réalisées par nos soins pour comprendre comment s’établit le prix des écrans. Prenons le cas d’un écran typique, à 400 €. On peut imaginer qu’à ce prix il s’agit d’un écran de Classe II et de rang A+. Repassons d’abord sur du hors taxe : l’écran est en fait vendu 334 € HT. Mettons que la marge totale pratiquée dessus soit de 10 %, on tombe à 301 € = coût de fabrication et de transport de l’écran. Sur ces 300 € (si l’on arrondit, on n’est plus à ça près) 80 % concernent la dalle, soit 240 € pour de la Classe II rang A+. Soit : ![]() Il semble réaliste de croire qu’un constructeur désireux de produire un LCD économique pourra toucher la même dalle de rang inférieur au A+ à 200 €. Ce constructeur peut jouer maintenant sur l’électronique et encore gagner 10 %, on passe à 180 €. Dernière économie possible, sur la Classe, c’est violent mais on connaît des exemples, il passe en Classe III et gagne encore 10 % : 162 € HT par dalle. Ainsi, la même dalle avec les mêmes caractéristique, au MTBF du backlight près, peut être proposée 30 % moins chère (écart entre les 240 € de départ et les 162 € finaux) en rognant sur tout ce qui peut l’être. Cet écran de Classe III et de rang B pourra donc se trouver, avec une coque équivalente à celle du moniteur de référence, à 202 € HT – quand on ajoute aux 162 € de la dalle les 20 % supplémentaires pour la coque, le transport, etc), soit 242 € TTC. Si l’on se fie aux prix pratiqués actuellement, notre estimation tient la route : c’est bien le prix auquel sont proposés certains écrans plats actuellement. Page 4 - Conclusion ConclusionLes pixels morts sont mal garantis, mais au moins ils sont pris en compte par la norme ISO 13406-2. L’électronique, le transformateur secteur et les backlight aussi sont sous garantie. Si le constructeur va à l’économie, ils occasionneront parfois des rendus plus ou moins satisfaisants, mais en cas de panne vous serez protégés. En revanche, rien ne vous protège contre le Mura Effect ni contre un affichage de qualité très moyenne du fait d’une électronique de basse qualité. C’est d’autant plus désagréable que les constructeurs dont les séries sont affectées d’un tel défaut, comme on a pu voir certaines mauvaises séries chez Dell (halo lumineux) ou Apple (dominante de couleur rose), pour ne citer qu’eux, ces constructeurs étaient à coup sur au courant des défauts de leurs produits avant même leur mise en vente : ils avaient choisi des dalles à risque, ou tout au moins des composants de qualité médiocre. Les fabricants de dalles semblent plus jouer carte sur table. Ils mettent des dalles en vente avec des défauts, ce n’est pas vraiment de leur faute si, dans un souci de réduction de coûts, certains acteurs petits ou grands font n’importe quoi avec. Car, comme le rappelait l’un des constructeur qui nous a aidé à préparer ce dossier, il ne faut pas rêver, 20 à 30 % des dalles produites sont défectueuses... mais rien ne se perd. ![]() A ce stade, la seule manière de se protéger est encore une fois d’user et d’abuser du Code de la consommation et des politique de satisfaction des clients. Comme nous l’avions écrit à l’occasion du dossier sur les pixels morts, certains revendeurs spécialisés et quelques grandes surfaces appliquent la règle du satisfait ou remboursé. Vous n’avez à justifier de rien, n’importe quel prétexte est bon pour rendre un écran. A commencer par la présence de Mura Effect. Autre protection intéressante : vos achats par correspondance, cela concerne notamment ceux en ligne, sont protégés par l’article L. 121-16 du Code de la consommation. Cet article indique que vous disposez de 7 jours à compter de la livraison pour retourner un produit s’il ne vous convient pas et en obtenir l’échange ou le remboursement. Le vendeur n’a pas le droit d’appliquer de pénalités. Vous êtes simplement tenu de payer les frais de réexpédition. Pour finir, ne négligez pas un autre risque contre lequel vous n’êtes pas protégé : la disparition de la marque qui vous a vendu un écran soit disant garanti 3 ans sur site. C’est courant, un nouveau nom fait un coup en grande surface ou en boutique spécialisée, puis il disparaît. Les milliers de pièces écoulées se retrouvent au mieux garanties par le magasin qui l’a vendu, au pire sans rien. Vérifiez bien qui garantit votre écran : la marque (sérieuse ou pas ?) ou le magasin ? Si vous achetez une sous-sous-marque, ne le faites pas dans une petite boutique qui plus tard en pourra rien pour vous. Il est temps pour finir d’entonner notre refrain préféré, de chanter en hurlant comme d’habitude :Strophe 1 : A quand une refonte complète de l’ISO 13406-2 ? Marre de ces caractéristiques bidon, De ces données qui ne servent à rien. A quand une mesure représentative du temps de réponse, A quand une étude valable des angles de vision ? A partir de maintenant le rang des dalles doit être spécifié, Et le MTBF le plus court : électronique de commande ou backlight, indiqué. Idéalement, l’ensemble de la partie électronique Devrait être notée et rapportée dans les caractéristiques. Strophe 2 : Bien sur, faut pas rêver. Ces données il va nous falloir aller les chercher. On fera de notre mieux dans le prochain comparo. Copyright © 1997-2026 HardWare.fr. Tous droits réservés. |