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Refroidissement à eau (1- Théorie) - HardWare.fr
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Rédigé par Alan Safranionek

Publié le 5 Juillet 2000

URL: http://www.hardware.fr/art/lire/232/


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Introduction



Années 70, la communauté scientifique à travers le monde ne vibre qu’au rythme des premiers microprocesseurs marquant une évolution considérable dans le monde de l’informatique. Depuis 1969, date de l’introduction de l’Intel 4004, toute l’industrie des microprocesseurs ne fait que suivre le loi énoncée par le Dr. Gordon Moore : " le nombre de transistors et, consécutivement, la puissance d’un microprocesseur, doublent tous les 18 mois ". Même si, aujourd’hui, il semble que les méthodes litho photographiques de fabrication de processeurs semblent devoir atteindre leurs limites d’ici 5 à 10 ans, force est de reconnaître avec quelle exactitude cette loi fût suivie ces 30 dernières années. Pourtant, entre 1970 et 1980 cette loi fût l’objet de bien des discussions car il paraissait physiquement inimaginable d’obtenir des densités telles que celles que nous connaissons aujourd’hui.

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De cette non-croyance découla le manque de développement de solutions thermiques jusqu’à ce que, relativement récemment, elles deviennent nécessaires. Il est important de noter la corrélation qui existe entre cette loi et la dissipation thermique. En effet si le nombre de transistors doublait tous les 18 mois (et la fréquence des microprocesseurs de façon équivalente), les évolutions des technologies de gravure ne suivirent pas la même perspective si bien que puissance électrique consommée et puissance thermique dégagée devinrent de plus en plus importantes. Si, pendant plus de 20 ans on put se contenter d’exploiter les simples phénomènes de convection naturelle et de radiation pour dissiper cette chaleur produite, l’AMD 486 DX2-80 fût le premier a nécessiter la présence d’un dissipateur pour fonctionner de façon stable… évolution malheureusement irréversible, bien au contraire.

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Aujourd’hui, non seulement nos microprocesseurs ne peuvent se passer d’un système de dissipation relativement conséquent, mais la loi de Moore étant extensible à tous circuits intégrés, cette évolution touche aujourd’hui les processeurs de nos cartes vidéo et rien ne dit que bientôt nos cartes son n’en seront pas aussi affublées. Considérables augmentations de fréquence et du nombre de transistors nous conduisent aujourd’hui à envisager des méthodes de refroidissement " agressives ", telles que le refroidissement liquide…



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La Dissipation

La Dissipation

Le défi à relever consiste donc à dissiper une forte chaleur produite de façon continue et très localisée… celle du processeur central de nos machines. Aujourd’hui, sur tous les PC du marché, les microprocesseurs sont surmontés en standard d’un dissipateur thermique, plus connu sous le nom de radiateur. Ce dispositif simple permet en fait d’agrandir de façon substantielle la surface présentée au caloporteur (ici l’air) ce qui améliorera l’efficacité de la dissipation. Fixé sur la pièce à refroidir, il en prend la chaleur par conduction thermique (échange d’énergie cinétique entre molécules), et l’évacue par la négligeable radiation (rayonnement électromagnétique photonique, fig. de gauche) mais surtout par convection naturelle ou forcée (transfert par mouvement de molécules fig. de droite)

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La nature électromagnétique du rayonnement de la radiation est en fait la raison de la prédominance du noir dans la couleur du dissipateur. Les phonons mis en jeu dans le matériau sont dissipés par émission électromagnétique de photons (lumière). Même si aujourd’hui cela n’a plus trop lieu d’être, il y’a une vingtaine d’années, dans certains supercalculateurs on cherchait à éviter tout parasite dû à ce rayonnement électromagnétique, et c’est pourquoi la plupart des dissipateurs furent anodisés en noir pour mieux réabsorber ce rayonnement. Paradoxal, cette action à pour effet de réchauffer comme vous l’aurez compris le dissipateur… mais la quantité de chaleur évacuée par radiation est en fait totalement négligeable… et négligée.

Bien qu’un dissipateur passif n’est sensé employer qu’une convection naturelle, on notera que de nombreux grands constructeurs comme Dell ou Compaq se passent de ventilateur couplé directement au dissipateur qu’ils utilisent en guidant le flux d’air dans l’unité centrale de façon à ce qu’une convection forcée se produise tout de même.

watercooling_1_radiation_tableau.gif (8011 octets)L’efficacité d’un tel système dépend principalement de deux facteurs : la surface présentée au caloporteur et surtout la capacité du dissipateur à pomper la chaleur de l’objet chaud, sa capacité à conduire celle-ci… sa conductivité. Et c’est là qu’intervient le choix du matériau à employer. En effet tous les matériaux sont loin d’avoir une conductivité équivalente. Comme nous le montre le tableau ci-contre, on peut voir que le champion de la conductivité est, si l´on exclu le diamant, l’argent… mais son prix est prohibitif et sa densité très importante. Suivent le cuivre, l’or, et l’aluminium. Comme nous le savons tous ici, ce dernier est le matériau le plus largement utilisé, mais pas le plus efficace. Il constitue en effet un excellent compromis conductivité/légèreté/prix et c’est pour cela qu’il est difficile de trouver aujourd’hui des dissipateurs employant d’autres matériaux que l’aluminium. Cependant, devant l’augmentation du dégagement calorifique des microprocesseurs d’aujourd’hui, certains fabricants (Alpha Novatec le premier) introduirent une solution mixte alu/cuivre avec un insert de cuivre en contact direct avec l’élément à refroidir permettant ainsi de " pomper " plus rapidement la chaleur produite et de mieux la répartir sur tout le dissipateur. Mais même ces dissipateurs, aussi efficaces soient t´ils, n’arrivent plus à combler les Power Users et se révèlent surtout coûteux, encombrants, lourds et bruyants (du fait de l´emploi de ventilateurs).

C’est pourquoi le refroidissement liquide semble se présenter comme une alternative intéressante aux méthodes plus traditionnelles. La seule différence entre refroidissements à air et à eau est le changement de caloporteur pour un autre 300 fois plus dense. Cette seule et simple différence de densité moléculaire a donc consécutivement pour effet d’améliorer proportionnellement le transport de chaleur par convection forcée comme expliqué ci dessus.



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Le refroidissement liquide

Le refroidissement liquide

Alors que traditionnellement, on utilisait l’air ambiant en tant que caloporteur pour dissiper la chaleur produite, l’eau semble aujourd’hui plus appropriée du fait de dégagements calorifiques de plus en plus importants. Ce type de système est en fait dérivé de ceux de l’industrie du moule où il est nécessaire de refroidir la pièce moulée très efficacement et très rapidement. Notons aussi que ce système existe depuis plus de vingt ans d’âge dans les systèmes informatiques que ce soit par le biais d’échangeurs thermiques, ou par immersion totale des composants dans le caloporteur (avec contact physique direct) dans les anciens calculateurs CRAY et IBM où les caloporteurs employés étaient des liquides Fluorocarbonés. Il faut donc s’enlever de l’esprit les risques de fuite ou de dommage provoqués de tels systèmes, conçus pour les industries de pointe, totalement autonomes et sans entretien, pensés pour fonctionner toute la durée de vie de la machine et ne présentant absolument aucun risque pour une machine particulière.

Le but de ce type de système est donc d’emmagasiner la chaleur au moyen du caloporteur (ici l’eau) et d’emmener celui-ci jusqu’à un dispositif permettant au caloporteur de se décharger de cette chaleur emmagasinée, tout ceci dans un circuit totalement fermé et hermétique. Le liquide ayant la plus grande conductivité à l’état naturel est l’eau. Ce pouvoir peut-être éventuellement amélioré par certains additifs spécialisés (utilisés dans la compétition automobile) mais tout autre ajout (antigel, antitartre…) baissera sa conductivité. C’est pourquoi, le meilleur choix se révèle être l’eau déminéralisée qui élimine aussi bien les problèmes de tartre que de conduction de courant électrique.

En résumé il nous faut donc :

watercooling_1_wbloc.jpg (10257 octets)Un échangeur placé sur le CPU permettant de transmettre la chaleur produite par celui-ci au caloporteur. Il s’agit d’un organe avec de l’eau en entrée aussi bien qu’en sortie, un échangeur eau/eau. Usuellement, on appelle cet échangeur, échangeur interne. Celui absorbe la chaleur du CPU par contact avec celui-ci (par conduction) c’est pourquoi il faudra s’assurer d’utiliser pour cet échangeur un matériau à très fort conductivité et limiter au maximum le distance entre le corps chaud et le caloporteur. Il existe plusieurs types d’échangeurs internes, physiquement en fonctionnellement différents. Cependant, comme dans toutes les autres industries qui utilisent ce type de refroidissement, un échangeur constitué en interne d’un serpentin donnant un trajet précis à l’eau se révèlera dans tous les cas plus efficace que tout autre système à flux non guidé.

watercooling_1_radiatio.jpg (11287 octets)Un dispositif d’évacuation de la chaleur. Celui-ci a pour but de défaire le caloporteur de la chaleur qu’il aura accumulé lors de son passage dans l’échangeur interne. Il existe de nombreux types de dispositifs remplissant ce rôle. La plupart du temps, et comme c´est le cas dans une voiture, on utilise un échangeur de type air/eau (eau refroidie par l’air ambiant par convection forcée). Ce type d’échangeur est très efficace, relativement peu coûteux quand on sait bricoler mais a pour désavantage de nécessiter souvent l’emploi de deux ventilateurs pour une efficacité optimale. Parmi ce type d’échangeurs, il y’a encore plusieurs sous-types d’échangeur air/eau. Ceux employant un nid d’abeille (comme ceux de vos voitures), des simples tours de tuyaux de cuivre enroulées et ventilées ou encore un disque de tuyaux de cuivre enroulés et ventilées. Parfois on voit même des serpentins de cuivre (comme ceux utilisés à l’arrière de votre réfrigérateur) utilisés de manière passive et donc non ventilés. Cette solution peut s’avérer satisfaisante dans bien des cas, même pour de gros overclockings sous réserve qu’ils n’emploient pas de plaques à effet Peltier qui doubleront au minimum la chaleur à dégager. Dans des systèmes informatiques très denses l’eau utilisée pour le refroidissement des CPUs et elle-même refroidie par un circuit liquide secondaire qui peut faire entrer en jeu un liquide parfois réfrigéré.

watercooling_1_pompe1.jpg (9269 octets)Un dispositif permettant de créer le cycle du caloporteur… plus simplement une pompe. Immergée dans un réservoir ou externe celle-ci crée le cycle du liquide et l’emmène vers l’échangeur interne puis l’échangeur externe et ainsi de suite d’ou l’aspect autonome et perpétuel du circuit. Sont souvent utilisées des pompes d’aquarium immergées dont le débit varie de 400l/h à 1200l/h et qui restent la plupart du temps inaudibles. L’emploi de pompes externes peut économiser celui d’un réservoir d’eau mais elles sont souvent plus difficiles à trouver et surtout plus bruyantes.



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Suite & Conclusion



Conceptuellement, un système de refroidissement liquide peut se représenter ainsi :

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En effet, la chaleur du CPU est transmise au bloc échangeur eau/eau interne par conduction (1) . Puis, par convection forcée, le caloporteur absorbe cette chaleur (2), chaleur ensuite évacuée par l’échangeur externe (ici de type air/eau (3)) pour amorcer alors un nouveau cycle (4).

Typiquement a masse volumique égale on considère qu’un échangeur à eau à un résistance thermique 30 fois moindre à celle d’un couple dissipateur/ventilateur classique. On peut estimer qu’en moyenne sa résistance thermique est de 0.08°C/W contre 0.9°C/W pour un dissipateur/ventilateur de base et 0.23°C/W pour les tout meilleurs modèles, mais aussi les plus coûteux, bien plus encombrants et bruyants. En considérant qu’un CPU hautement overclocké dégage entre 50 et 100w (en omettant l’usage d’une plaque à effet Peltier), on voit facilement que dans des cas d’utilisation parfaits (contacts parfaits, flux constant et maîtrisé…) un CPU dégageant 100w ne montera que de 8°C par rapport à la température de l’eau caloporteuse contre plus de 20°C supplémentaires par rapport à la température de l’air ambiant dans le cas des meilleurs couples radiateurs/ventilateurs. Bien sûr ces chiffres sont bien plus que théoriques et ces conditions parfaites n’auront jamais lieu, mais ils se révèlent une bonne base de comparaison, les mêmes contraintes étant présentes aussi bien dans le cas de refroidissements à eau ou à air. De plus, de nombreux autres facteurs sont à prendre en compte, tels la médiocrité de la surface de contact CPU / Echangeur (inférieure à 200mm²) qui rend le choix des matériaux composant ces systèmes primordial. Cependant, les CPUs refroidis à eau seront donc bien moins sensibles aux changements climatiques et opéreront toujours avec une marge de manœuvre plus importante ce qui les préservera de plantage et allongera leur durée de vie.

La force de ces systèmes ne réside pas seulement dans son efficacité, mais surtout dans son intégratibilité (preuve en est l’annonce par Toshiba de son nouveau portable de la gamme Protégé refroidi de la sorte), son autonomie, l’absence totale d’entretien, le coût bien inférieur à celui de solutions plus radicales (très loin des 5000FF d’un système à compresseur comme ceux de Kryotech ou d’Asetek) et l’absence quasi totale de bruit.

Pour conclure ...

Au final, devant l’explosion des sources de chaleur dans nos PCs et la puissance toujours plus importante de nos microprocesseurs, le refroidissement à eau séduit par les avantages que j’ai tenté de vous présenter. Alors que la deuxième partie abordera de façon bien plus concrète chacun des organes composant ce type de système et s’efforcera de recenser tout ce qui est aujourd’hui disponible à la vente, cette première partie n’a eu pour but que de montrer d’une approche posée et conceptuelle divers aspects du fonctionnement d’un système à refroidissement liquide. Elle revendique pour objectif de tenter de démystifier ces dispositifs qui passent parfois pour de simples gadgets ou bricolages alors qu’ils sont, depuis des décennies, utilisés dans de nombreuses autres industries et, souvent, dans des conditions de températures et de pression bien plus extrêmes que celles que l’on rencontrera jamais dans un ordinateur particulier… du moins, espérons-le.



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